14.05.2008
JEAN ROCHEFORT

Je voudrais rendre hommage à ce grand acteur français, avant que celui-ci ne soit posthume. Et saluer l'immense carrière de cinéma et de théâtre.
Je me souviendrai toujours de Rochefort dans "Le mari de la coiffeuse" de Patrice Leconte dansant pour sa femme sur des mélopées arabes, dans un style tout
à fait personnel.
Jean Rochefort donne au personnage dont le destin était d'épouser une coiffeuse, une fantaisie et un charme incroyable. Magnifique rôle, dans le meilleur film de Patrice Leconte.
Jean Rochefort débute au théâtre et en même temps à la télévision française à la fin des années 1950, début 1960.
1962 démarrage de sa vie d'acteur au cinéma, sans la moustache, avec un grand succès populaire "Cartouche" de Philippe de Broca. Avec Jean-Paul Belmondo (un ami de conservatoire) et Claudia Cardinale.
Puis il se fait connaïtre en Italie où il enchaîne quelques tournages comme "Le masque de fer", en alternance avec des fictions pour la télévision française.
En 1964 débute la saga des Angéliques avec "Angélique marquise des anges" puis deux autres "Merveilleuse Angélique" et Angélique et le Roy" dans le rôle d'un policier ambigu. Entre-temps il aura de nouveau tourné avec Jean-Paul Belmondo et Ursula Andress dans "Les tribulations d'un chinois en Chine" toujours de Philippe de Broca. Et aussi "Qui êtes-vous Polly Magoo?" de William Klein en 1966. Belle satire sur la mode des années 1960 avec un superbe noir et blanc.
En 1969 il retro
uve Philippe de Broca et tourne avec Yves Montand "Le diable par la queue".
1972 c'est Yves Robert qui lui fait jouer Toulouse (avec la moustache) le chef des services secrets français en lutte contre son subordonné Milan (Bernard Blier), à qui il donne en pâture pour le faire plonger, un faux espion débarqué de l'aéroport d'Orly, "Le grand blond avec une chaussure noire" (Pierre Richard). Avec Mireille Darc, Jean Carmet et aussi Paul le Person. Puis l'année suivante il tourne aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans un film politique de Philippe Labro "L'héritier". Sur l'affiche on trouve aussi: Charles Denner, Carla Gravina, Jean Desailly...
1973 c'est aussi l'année de "Salut l'artiste" de Yves Robert, film dans lequel lui et Marcello Mastroianni jouent deux acteurs en mal de notoriété, et de cachets, prêts à (presque) tout pour faire entrer de l'argent pour assurer son train de vie. avec aussi Françoise Fabian.
Un jeune réalisateur fait appel à Philippe Noiret et à Jean Rochefort pour tenir les deux grands rôle de son premier film "L'horloger de Saint-Paul". Il s'agit de Bertrand Tavernier, on est en 1974 et le film se déroule à Lyon, ville dont il est originaire. Jean Rochefort interprète un flic qui enquête sur un jeune ayant commis un crime envers un gardien de l'usine où travaille sa petite amie, les deux étant en cavale. Magnifique interprétation de ce flic solitaire qui recherche l'amitié avec le père du fuyard qui lui la repousse pour des raisons affective: c'est son fils qu'il poursuit, et politique: quand on
est de gauche (Dans les années 1970) on est pas ami avec un flic.
L'année suivante la même équipe étoffée se retrouve pour un film en costumes: "Que la fête commence..." Jean Rochefort interprète l'abbé Dubois, personnage historique et premier ministre du régent de france En 1719 Philippe d'Orléans (Philippe Noiret). Ce rôle d'abbé qui court aprés une alliance contre nature avec l'Angleterre et qui est prêt à sacrifier la tête de quelques nobliaux bretons en révolte, anachroniques et pitoyables plus que dangereux. Forçant le régent plutôt bonhomme d'avaliser la décapitation de ses traîtres. De plus cet athée, réclame la mitre de cardinal. Ce qui nous offre de grandes scènes de concours de jurons pour apprendre la messe. Inénarables. César du second rôle
1976 premier tournage avec Patrice Leconte "Les WC étaient fermés de l'intérieur" avec le dessinateur Gotlib au scénario et comme partenaire Coluche. Catastrophe. Echec. Fâcheries.
1976-1977 Deux fils de Yves Robert "Un éléphant ça trompe énormément" et "Nous irons tous au paradis" suite du premier. L'histoire de quatre copains en région parisienne: Les amis, les amours, les emmerdes. avec Claude Brasseur, Guy Bedos, et Victor Lanoux, Anny Duperey, Danièle Delorme et Marthe Villalonga. Deux succés.
1977 film de Pierre
Schoendoerffer "Le crabe-tambour". Beau film sur l'amitié entre militaires qui au fil des missions se perdent de vue, mais laissent des traces dans la mémoire des uns et des autres. Avec Claude Rich et Jacques Perrin. Rare évocation de la guerre d'Indochine, dans le cinéma français qui a ses pudeurs. César d'interprétation.

Jean Rochefort retrouve Philippe de Broca avec le premier rôle pour "Le cavaleur" en 1979. Gros casting féminin: Nicole Garcia, Annie Girardot, Danielle Darrieux, Catherine Alric, Anna Gaylor, Catherine Leprince.
Il enchaîne avec une nouvelle comédie de Yves Robert: "Courage, fuyons" avec Catherine Deneuve. Puis en 1980 tourne un joli film "Chère inconnue" de Moshé Mizrahi avec Simone Signoret. Puis un film de Alain Cavalier en 1981 "Un étrange voyage" avec Camille de Casabianca et Arlette Bonnard. Un homme recherche sa mère, disparue, en compagnie de sa fille le long de la voie de chemin de fer Paris-Troyes.
1981 retrouvailles avec Philippe Noiret dans un film de Laurent Heynemann. "Il faut tuer Birgitt Haas" Film sur les coups tordus de l
'espionnage moderne. qui pour éliminer une ex-terroriste, mettent en place un scénario pour faire croire à un accident. Jean Rochefort joue le rôle du chômeur candide que l'on met dans les bras de la terroriste et devient sincèrement amoureux. Bon polar un peu décrié par les critiques. Avec Bernard Le Coq, Michel Beaune et Liza Kreuzer.
1983, toujours avec Philippe Noiret et à la caméra Pierre Granier-Deferre. "L'ami de Vincent". Jean Rochefort joue un musicien de music hall poursuivi par une femme qui a décidé de le tuer. Il se cache et demande à son ami Albert d'enquêter pour savoir qui veut l'assassiner et pourquoi. Albert n'est pas au bout de ses surprises en s'apercevant que son ami Vincent a vécu d'innombrables aventures amoureuses. Encore du lourd chez mesdames les actrices: Jane Birkin, Fanny Cottençon, Marie Dubois, Françoise Fabian, Anna Karina, Tanya Lopert, Marie-France Pisier, Sylvie Joly, et Béatrice Agenin.
On oublie les fâcheries et les bouderies, et Patrice Leconte en 1987 revient avec un scénario sous le bras demander à Jean Rochefort de jouer un animateur vieillissant de jeu radiophonique itinérant sur le point d'être viré de l'antenne. Son chauffeur, régisseur, et souffre-douleur (Gérard Jugnot) lui cache la vérité. Grand rôle et succés public et critique pour "Tandem".

1990 Patrice Leconte récidive et gagne avec "Le mari de la coiffeuse". Rôle sur mesure pour un Jean Rochefort fou amoureux de sa belle coiffeuse (Anna Galiena). Les deux tourtereaux n'auront qu'une seule dispute à propos de Fernand Raynaud! Et la réconciliation à la hauteur: ce sera une bonne cuite à l'eau de Cologne et à l'after-shave. du grand art. selon moi LE rôle de Jean Rochefort. Celui qui aurait mérité tous les césars de la terre. Mais cette année là Philippe Noiret raflait la mise (et c'était aussi LE rôle de sa carrière) dans "La vie et rien d'autre" de Bertrand Tavernier (comme on se retrouve) en commandant de l'armée qui aprés l'armistice de 1918 fait le compte des morts.
La dernière collaboration avec Yves Robert ce sera en 1992 pour "Le bal des casse-pieds", patchwork cinématographique, des emmerdeurs et emmerdeuses de tout poil. La force du film réside dans un casting en titane: Outre Jean Rochefort on trouve Miou-Miou, Jacques Villeret, Jean Carmet, Victor Lanoux, Guy Bedos, Valérie Lemercier, Claude Brasseur, Jean Yanne, Michel Piccoli, Hélène Vincent, Odette Laure, Jean-Pierre Bacri... Nous sommes en 1992.
Nous le retrouvons en tueur à gage vieillissant et sous la coupe d'une mère, elle aussi dans le business de la mort rétribuée. Dans "Cible émouvante" de Pierre Salvadori, en 1993 aux côtés de Guillaume Depardieu, Patachou, Serge Riaboukine, Wladimir Yordanoff et Marie Trintignant. Trés bonne comédie. Une autre comédie la même année "Tombés du ciel" de Philippe Lioret: l'histoire d'un homme qui perd ses papiers et se retrouve coincé dans le noman's land de l'aéroport de Roissy où vivent d'autres sans papiers. Ticky Holgado, Laura del Sol et Marisa Paredes sont à l'oeuvre.
En 1996 Thomas Fausto hante l'hotel "Palace" du trio comique catalan Tricicle. Il est méchant, il a de gros sourcils noirs épais, et il fait des grimaces en se réjouissant du mal qu'il va faire. De plus il ne parle pas. Mais personne ne parle dans le film. C'est un film muet. Jean Rochefort excelle dans ce rôle mais le film manque de rigueur. Et les gags tombent tant bien que mal. Dommage.
C'est pas grave, Patrice Leconte en verve à va lui proposer une comédie sur trois vieux acteurs prêts à tout pour (mal) jouer, dans une pièce de théâtre en tournée provinciale, contre vents et marées venant surtout du producteur qui fait tout pour saborder la pièce afin de toucher l'argent des assurances. dans "Les grands ducs" Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle joueront les deux autres larrons, Catherine Jacob sera la star féminine de la pièce et Michel Blanc fuira les huissiers. Magnifique pochade, on rit, on rit, on rit. Déculottée monumentale au box-office, en cause la promotion du film omniprésente sur tous les médias et surtout à la télévision. On voit tellement l'équipe du film venir nous raconter ce que les spectateurs vont aller voir, que personne n'ira le voir (ou presque). Une leçon d'anti communication.
C'est pas grave, Patrice Leconte trés en verve a déja tourné "Ridicule" film d'époque pré-révolutionnaire. En 1780 un jeune noble (Charles Berling) pour sauver son pays malade de ses marécages, monte à Versailles pour chercher des subsides afin d'assécher les marais, endiguer les maladies, et la malnutrition. Il veut un entretien avec le Roi. Ce sera long et il faudra tuer le temps. Il rencontrera des gens qui utilisent leur intelligence ou leur éloquence à dénigrer le voisin ou le concurrent jusquà le ridiculiser. Hors à l'époque le ridicule tue. Jean Rochefort aura un second rôle: un noble qui met au point un scaphandrier dont la fille (Judith Godrèche) s'amourachera du jeune noble provincial. Gros succés public.
2001 C'est en chef d'entreprise qu'il apparaît dans "Le placard" comédie de Francis Veber. avec Daniel Auteuil en vedette, Gérard Depardieu, Thierry Lhermitte, Michèle Laroque, et Michel Aumont. Gros succés public.
2001 C'est le dernier tournage d'une série télévisée en 9 épisodes commencée en 1995 "Les boeufs-carottes" série décalée sur la police des polices. Les bons mots fusent, les intrigues moins.
2002 Nouvelle collaboration avec Patrice Leconte et avec pour partenaire Johnny Halliday, dans "L'homme du train"
Jean Rochefort enfile la pourpre d'un Mazarin survitaminé (normal il se shoote avec de la poudre rouge. Du paprika? du safran?) ainsi que la Reine mère Anne d'Autriche (Carole Bouquet) et Louis XIV (José Garcia). Bernie Bonvoisin fait causer tout ce monde comme le commissaire San-Antonio. Et dans une h
istoire foutraque met aussi en scène Lou Doillon, Roshdy Zem, Antoine de Caunes, et Gérard Depardieu... Les scènes de Caunes-Rochefort dans "Blanche" sont anthologiques.
2005 Guillaume Canet tourne son deuxième film "Ne le dis à personne" et frappe fort. Chef d'oeuvre. François Cluzet à le premier rôle et pour le rôle de celui par qui le malheur arrive, il fait appel à Jean Rochefort. Qui fait une interprétation touchante d'un père qui a perdu son fils (un salaud)? ne s'en remet pas et cherche à se venger. Beau casting: André Dussollier, François Berléand, Nathalie Baye, Kristin Scott Thomas, Gilles Lellouche.
L'année suivante il retrouve Antoine de Caunes mais ce coup-ci derrière la caméra. Il joue avec Charlotte Rampling et Isabelle Nanty dans "Désaccord parfait". Bonne comédie.
Et en 2007 il renoue avec un personnage trouble, dans "La clef" de Guillaume Nicloux et a pour partenaire Guillaume Canet qui tient le rôle principal p
armi une floppée d'acteurs: Marie Gillain, Vanessa Paradis, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Yves Verhoeven et Laure Marsac. Formidable polar.
Il joue actuellement au théâtre dans "Entre autres", Jean Rochefort y évoque des textes de divers auteurs qui le touchent. Il est accompagné à l'accordéon par Lionel Suarez. Une forme d'autoportrait.
Je regretterai surtout, que le "Don Quichotte de la Mancha" de Terry Gilliam, avec Jean Rochefort en Don Quichotte et Johnny Depp en Sancho
Panza, n'ait jamais vu le jour. Et les images tournées dans "Lost in la Mancha" (en fait le making off du film avorté) étaient savoureuses de délires visuels dont Gilliam a le secret.
17:10 Publié dans Acteurs/Actrices | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, acteur, jean rochefort, filmographie, césars |
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